Volume 13 • 2026 • Numéro 2

doctorales au Centre universitaire de médecine dentaire d’Amsterdam, puis à l’Université de Hong Kong, où il s’est investi dans un programme de recherche sur les infections buccales en parallèle à son travail clinique. Et c’est là que leurs chemins se sont croisés. « Quand j’ai commencé à travailler sur des idées en microbiologie, raconte le Dr Neelakantan, un collègue m’a dit : “Pourquoi tu n’en parlerais pas à Céline? Elle a de l’expérience en la matière.” Et je ne l’ai jamais regretté. Ensemble, nous avons supervisé des étudiants, obtenu des subventions et même gagné des prix. » Aujourd’hui installé à l’Université de l’Alberta, le laboratoire du Dr Neelakantan travaille sur des traitements antimicrobiens, surtout pour les personnes ayant un système immunitaire affaibli, qui sont largement susceptibles de développer des infections. «Environ 60 % de nos travaux sont consacrés aux patients immunovulnérables, particulièrement aux infections fongiques, qui posent de grands problèmes, précise-t-il. Les 40 % restants portent sur les infections dentaires, les traitements radiculaires et la prévention des caries, et c’est là que se poursuit notre collaboration avec Céline.» Pour le Dr Neelakantan, cette découverte avait d’immenses répercussions. «Cette souche probiotique extraordinaire pouvait tuer la plupart des bactéries pathogènes sans affecter les bactéries saines, s’est-il réjoui. Elle empêche même les levures comme le Candida de former des biofilms, ce qui est remarquable parce qu’on fait souvent abstraction des levures dans la carie dentaire. » «Les caries apparaissent lorsque les mauvaises bactéries prennent le dessus dans le milieu acide où elles se développent, explique la Dre Lévesque. Mais si nous pouvons aider les bonnes bactéries à se développer, elles maintiendront un équilibre. Il ne s’agit pas d’éliminer complètement les bactéries, mais plutôt d’arriver à un équilibre.» Leurs recherches visent à influer sur cet équilibre grâce à un symbiotique, un mélange de probiotiques (bactéries bénéfiques) et de prébiotiques (les nutriments dont elles se nourrissent). « Les probiotiques à eux seuls échouent souvent parce qu’ils n’ont pas la bonne source de nourriture, souligne le Dr Neelakantan. Il faut les associer à un prébiotique compatible afin qu’ils puissent survivre et fonctionner même dans des milieux difficiles. » La Dre Lévesque ajoute : «Pourquoi ne pas donner quelque chose à manger à ces bactéries? On pense à la prévention, et non seulement au traitement – à quelque chose que les enfants pourraient prendre avant même l’apparition d’une carie.» Adapté au monde réel L’équipe de recherche, composée de microbiologistes, de dentistes pédiatriques et d’un orthodontiste, se penche sur la façon d’administrer ces bactéries bénéfiques de manière sûre et efficace. «Nous ne voulons pas donner de pilules, insiste la Dre Lévesque. Nous voulons utiliser des aliments que les enfants aiment, comme le lait ou le yogourt. Notre souche provient de Une «bonne» bactérie et une grande idée Les travaux de doctorat de la Dre Lévesque ont porté sur le Streptococcus salivarius, l’une des premières bactéries à coloniser la bouche d’un nouveau-né. « C’est une bactérie qu’on veut, explique-t-elle. Une bonne bactérie. » Elle a déménagé à Toronto pour ses recherches postdoctorales et a troqué les « bonnes » bactéries contre les « mauvaises » : le Streptococcus mutans, principal responsable de la carie. « Je voulais comprendre comment les mutans adhèrent à l’émail et forment des biofilms. C’est fascinant de voir comment quelque chose d’aussi petit peut causer autant de dégâts. » La découverte de la Dre Lévesque a commencé avec des échantillons de plaque dentaire prélevés sur des enfants dont certains avaient des caries et d’autres pas. « Quand j’ai vu une colonie, elle m’a semblé familière. C’était le Streptococcus salivarius. Elle avait la même morphologie, alors je l’ai conservée par simple curiosité. » Cette curiosité a porté ses fruits. La souche, découverte dans la bouche d’un enfant sans carie, s’est avérée capable d’inhiber le Streptococcus mutans. «C’était comme retrouver un vieil ami de mon doctorat, dit-elle en riant. Sauf que maintenant, cet ami aidait à lutter contre les mauvaises bactéries. » Les caries apparaissent lorsque les mauvaises bactéries prennent le dessus dans le milieu acide où elles se développent. Mais si nous pouvons aider les bonnes bactéries à se développer, elles maintiendront un équilibre. Dent atteinte d’une carie et gros plan sur le microbe responsable, Streptococcus mutans. 28 | 2026 | Numéro 2 Point de mire

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