Le Dr Scott Halperin, pédiatre infectiologue et directeur du Centre canadien de vaccinologie, l’explique ainsi : «Les vaccins essaient de simuler l’action d’une infection naturelle, sans le risque de la maladie. Parfois, on utilise une version affaiblie du virus, comme dans le cas de la rougeole. D’autres fois, on utilise seulement la partie problématique, la toxine ou la protéine de surface, et on entraîne le système immunitaire à la reconnaître.» Le vaccin contre la rougeole utilise un virus vivant atténué, qui peut déclencher des symptômes bénins et spontanément résolutifs chez un petit nombre de personnes vaccinées; le système immunitaire apprend suffisamment pour prévenir la maladie lorsque le virus sauvage apparaît. Par contre, le vaccin contre le tétanos contient une version neutralisée de la toxine. «Vous n’êtes pas immunisés contre la bactérie, précise le Dr Halperin. Vous êtes immunisés contre le poison qu’elle produit.» Pour le Dr Sadarangani, les travaux de recherche sur la vaccination sont nés d’une curiosité pour la lutte constante entre les humains et les microbes. «Les agents pathogènes évoluent beaucoup plus rapidement que nous, confie-t-il. Certaines bactéries peuvent se multiplier par deux toutes les 20 minutes. Elles sont continuellement en mutation.» Cette dynamique l’a attiré vers l’infectiologie, mais la prévention est ce qui a vraiment capté son imagination. «La prévention m’a toujours intéressé plus que le traitement, avoue-t-il. Prévenir la maladie a une incidence bien plus grande que la traiter après coup.» Pour lui, les vaccins représentent la forme la plus pure de cette idée : mettre la science à profit pour donner au système immunitaire un avantage dans un concours biologique sans fin. Bref historique : de la vaccine jusqu’au code Les racines intellectuelles de la vaccination trouvent leurs origines à la fin du XVIIIe siècle. «Le tout remonte à Edward Jenner et à la variole, explique le Dr Tunis. Et à une version moins pathogène d’un virus auquel le système immunitaire a été exposé afin qu’il soit prêt à affronter le virus réel.» Les premières technologies utilisaient souvent des organismes entiers qui étaient soit tués, soit affaiblis. Le portefeuille de vaccins s’est élargi au début et au milieu du XXe siècle avec des vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche, puis dans les années 1960 et 1970, avec un vaccin contre la polio et un vaccin combiné contre la rougeole, la rubéole et les oreillons. «On est passés d’une poignée de vaccins à une douzaine», rappelle le Dr Halperin. Depuis, le développement a connu une croissance exponentielle. Les décennies de la fin du XXe siècle ont vu l’apparition de vaccins associés contre l’Haemophilus influenzae de type b et le Streptococcus pneumoniae; de nouvelles formulations ont progressivement élargi la couverture sérotypique et réduit la morbidité. L’éradication de la variole a marqué un jalon dans le domaine de la santé publique. La polio a été éliminée presque partout dans le monde, sa transmission demeurant endémique dans seulement deux pays, soit au Pakistan et en Afghanistan. La technologie s’est affinée. Plutôt que de s’appuyer principalement sur des approches utilisant des virus vivants atténués ou des cellules entières, de nombreux vaccins modernes utilisent des sous-unités protéiques purifiées, des polysaccharides (souvent conjugués à des protéines pour améliorer la réponse immunitaire), des particules pseudo-virales ou, plus récemment, des plateformes d’acides nucléiques qui commandent à nos propres cellules de fabriquer la protéine virale pertinente. «Lorsqu’on cible davantage des composants spécifiques, il faut parfois ajouter des adjuvants pour amplifier le signal», confie le Dr Tunis. L’objectif consiste à présenter au système immunitaire la bonne cible, à la bonne dose, avec la bonne stimulation, afin de maximiser la protection et de minimiser les risques. La rapidité et l’évolutivité des plateformes ARNm pendant la pandémie de COVID-19 ont marqué un tournant décisif. Les attentes avant ces essais, qui s’établissaient entre 50 et 70 % d’efficacité, ont été éclipsées par les résultats initiaux montrant une efficacité d’environ 95 % contre la maladie symptomatique pour les souches originales. «La technologie et la compréhension du fonctionnement des agents pathogènes ont accéléré le rythme Avec le vieillissement, la réponse immunitaire peut décliner, un phénomène baptisé l’immunosénescence, ce qui fait que les formulations vaccinales destinées aux personnes âgées peuvent contenir des doses supérieures d’antigènes ou des adjuvants. La durée de la mémoire immunologique varie. Avec la rougeole, l’immunité «perdure et est très forte», assure le Dr Tunis, surtout après une série de deux doses. Mais d’autres relations agents pathogènes-hôtes sont moins stables. Avec le vieillissement, la réponse immunitaire peut décliner, un phénomène baptisé l’immunosénescence, ce qui fait que les formulations vaccinales destinées aux personnes âgées peuvent contenir des doses supérieures d’antigènes ou des adjuvants, soit des ingrédients qui renforcent l’activation immunitaire. Les agents pathogènes peuvent aussi changer. La grippe réorganise son matériel génétique chaque année; le SARS-CoV-2 a évolué rapidement depuis 2020. Il existe de multiples sérotypes de certaines bactéries en essor ou en déclin au sein de la population, ce qui entraîne des mises à jour périodiques de la composition des vaccins. Mais la baisse des niveaux d’anticorps chez une personne ne signifie pas toujours que son immunité est affaiblie. «Le système immunitaire doit maintenir l’homéostasie, rappelle le Dr Tunis. Après un pic, les anticorps déclinent naturellement, mais les lymphocytes mémoires B et T demeurent. Lors d’une nouvelle exposition, en raison d’un rappel ou de l’environnement, le système revient rapidement à une production élevée.» Le Dr Manish Sadarangani, pédiatre infectiologue et directeur du Centre d’évaluation des vaccins de l’Hôpital pour enfants de la Colombie-Britannique, fait observer que les vaccins ont pour objectif ultime la prévention, ce qui correspond à la philosophie générale de la médecine dentaire. «Les vaccins formidables ne sont formidables qu’une fois qu’ils sont administrés», signale-til. La science prépare le système immunitaire; le programme de vaccination assure la protection. 21 Numéro 2 | 2026 | Point de mire
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