Volume 13 • 2026 • Numéro 3

Au-delà de la couverture : La véritable mesure du succès du Régime canadien de soins dentaires Le Régime canadien de soins dentaires (RCSD) a changé le discours au pays sur la santé buccodentaire. Anil Menon, BDS, MBA, MSc, FRSPH, FRCD(C) Le Dr Anil Menon est chef du service de santé dentaire publique et de médecine dentaire communautaire et professeur adjoint au Collège de médecine dentaire Dr.-Gerald-Niznick de l’Université du Manitoba. Pendant des décennies, les soins dentaires au Canada occupaient une place délicate : nettement essentiels à la santé et au bien-être, ils ne sont en bonne partie pas financés par le réseau public de la santé. Bien que le RCSD ne fasse pas encore officiellement partie de la Loi canadienne sur la santé, il a commencé à changer cette perception et cette réalité. Des millions de personnes y sont inscrites, des millions ont déjà reçu des soins, et des dizaines de milliers de professionnels des soins buccodentaires y participent. Je pense qu’il s’agit de l’une des nouveautés les plus importantes de la politique canadienne en matière de santé buccodentaire depuis des générations. Il faut souligner un tel progrès. Mais cela soulève aussi d’importantes questions : comment sera-t-il possible d’en mesurer véritablement le succès? La couverture offerte par le régime est un premier pas, et non pas une ligne d’arrivée. Un programme dentaire public peut élargir l’admissibilité et approuver les demandes d’inscription sans pour autant assurer l’accès à des soins à bon nombre des personnes qu’il est censé aider. Dans les faits, l’admissibilité au régime ne se traduit pas d’office par l’obtention de soins. Certaines personnes doivent encore surmonter des difficultés liées au transport, à la mobilité, à l’absence au travail, à la recherche d’un fournisseur de soins, à la compréhension de la couverture du programme ou aux formalités administratives. Les attentes du public peuvent également dépasser ce que tout programme fédéral peut raisonnablement offrir, ce qui engendre une frustration tant chez les professionnels que chez les patients. La distinction entre couverture et accès n’est pas qu’une question de sémantique. Elle touche droit au cœur de ce qui déterminera si le RCSD fonctionne vraiment. Les premières données indiquent que le soutien financier compte pour beaucoup, en particulier pour les familles qui reportaient auparavant les soins à cause des coûts. Mais elles montrent aussi que l’accessibilité financière n’est qu’un aspect de l’accès aux soins. D’autres obstacles, tout aussi réels, subsistent : la présence de services à proximité, la capacité des cabinets à s’adapter à la situation des patients, la compréhension par les familles du programme et de son fonctionnement, et enfin, le sentiment que les soins sont accessibles et acceptables dans le quotidien. Inégalités sociales de santé buccodentaire L’accessibilité financière est importante, et, pour bon nombre, le RCSD lève l’obstacle de longue date que représentaient les coûts. Mais les coûts n’ont jamais été le seul facteur à l’origine des inégalités sociales de santé buccodentaire au pays. Même si le taux d’adhésion au régime est un indicateur précoce important, il faut y ajouter des mesures pour en évaluer l’efficacité auprès des personnes encore confrontées à d’autres obstacles. Un parent peut se réjouir des avantages du régime dentaire, mais tout de même avoir de la difficulté à prendre un rendezvous et à le garder faute de moyen de transport adéquat, de services de garde, d’un horaire de travail souple ou même de compréhension quant aux services qui sont couverts par le régime et aux montants à payer de sa poche. Une personne âgée pourrait être admissible à des soins, mais incapable de se rendre seule à un cabinet dentaire. Une personne en milieu rural ou éloigné pourrait bénéficier en principe Un programme dentaire public peut élargir l’admissibilité et approuver les demandes d’inscription sans pour autant assurer l’accès à des soins à bon nombre des personnes qu’il est censé aider. par le Dr Anil Menon 23 Numéro 3 | 2026 |

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