Volume 13 • 2026 • Numéro 3

Les dentistes calculent les limites de sûreté principalement en fonction d’une formule exprimée en milligrammes par kilogramme. Pour la plupart des anesthésiques injectables, la dose maximale se situe généralement autour de 7 à 8 mg/kg. La bupivacaïne constitue une exception importante : plus toxique, notamment pour le cœur, elle doit être administrée à des doses maximales plus faibles. Dans la réalité, les cliniciens ne doivent pas oublier non plus qu’il y a aussi une dose maximale absolue. La lidocaïne, par exemple, a une dose maximale chez l’adulte d’environ 500 mg par séance. Même si le calcul fondé sur le poids du patient suggère qu’une quantité plus élevée pourrait être administrée, la dose maximale absolue s’applique tout de même. La règle est simple : il faut toujours respecter la limite la plus basse. L’intoxication systémique par des anesthésiques locaux est rare, mais elle constitue l’une des complications les plus graves associées à ces médicaments. Le Dr Nkansah explique que les anesthésiques agissent en inhibant la conduction nerveuse. Leur objectif est d’empêcher la génération de potentiels d’action dans le nerf ciblé, ce qui stoppe la propagation de la douleur. Les problèmes surviennent quand des concentrations importantes atteignent d’autres tissus excitables. « Le système nerveux central est le premier à défaillir », atteste le Dr Nkansah. Les premiers signes de toxicité peuvent inclure un engourdissement autour de la bouche, un goût métallique ou des altérations sensorielles. À mesure que les concentrations augmentent dans le sang, la toxicité se propage au système cardiovasculaire. Le Dr Nkansah rappelle que le cerveau et le cœur sont les principaux organes nerveux du corps, et une exposition suffisamment grande peut entraîner des convulsions, une dépression cardiaque et même un collapsus cardiovasculaire. Le Dr Nkansah explique que le traitement d’une complication rare comme la toxicité systémique des anesthésiques locaux (TSAL) peut s’avérer difficile dans un cabinet dentaire normal, puisque l’antidote – un traitement par émulsion lipidique intraveineuse, connu sous le nom d’IntralipidMD – n’est généralement disponible qu’en milieu hospitalier. Pour cette raison, « il mieux vaut prévenir que guérir », remarque-t-il. La prévention commence par une planification soigneuse. Les dentistes doivent passer en revue les antécédents du patient, calculer correctement la dose et être conscients que chaque personne peut réagir différemment à la même dose d’anesthésique. Le Dr Nkansah note que certains patients peuvent devenir exceptionnellement somnolents ou présenter une sensibilité accrue, même à des doses relativement faibles. Il faut aussi une bonne technique d’injection. Une mesure de sécurité importante consiste à aspirer avant d’injecter l’anesthésique, parce qu’une injection accidentelle dans un vaisseau sanguin est une cause majeure de toxicité. « Si l’aspiration s’avère positive, ne procédez pas à l’injection », prévient le Dr Nkansah. En cas d’intoxication, la priorité consiste à appeler immédiatement les services d’urgence et à transférer le patient à l’hôpital, où il pourra recevoir un traitement par émulsion lipidique intraveineuse. Espoirs pour l’avenir En conclusion, le Dr Nkansah croit que le tamponnage est l’une des avancées les plus prometteuses en matière d’anesthésie locale et une technique que les dentistes peuvent utiliser dès maintenant. En ajoutant une petite quantité de bicarbonate de sodium, les praticiens peuvent augmenter le pH de la solution anesthésique, ce qui permet de réduire la sensation de piqûre lors de l’injection et peut contribuer à accélérer l’action médicamenteuse. Pour l’avenir, le Dr Nkansah fonde des espoirs sur de nouveaux anesthésiques à action prolongée, tels que la ropivacaïne et la lévobupivacaïne. Ces médicaments pourraient procurer le même effet antidouleur prolongé que la bupivacaïne, mais avec un moindre risque de cardiotoxicité. Bien qu’ils ne soient pas encore disponibles pour un usage en médecine dentaire, ils pourraient constituer la prochaine génération d’anesthésiques sûrs et à action plus durable. Référence 1. Tan YZ, Shi RJ, Ke BW, Tang YL, Liang XH. Paresthesia in dentistry: The ignored neurotoxicity of local anesthetics. Heliyon. 2023 Jul 7;9(7):e18031 Les dentistes doivent passer en revue les antécédents du patient, calculer correctement la dose et être conscients que chaque personne peut réagir différemment à la même dose d’anesthésique. Écoutez le Dr Nkansah au sujet de la pharmacologie des anesthésiques locaux sur CDA Oasis : bit.ly/4vjfWQ5 34 | 2026 | Numéro 3 Pratico-pratique

RkJQdWJsaXNoZXIy OTE5MTI=